Son adage: "Ne nous prenons pas au sérieux, il n'y aura aucun survivant». Alphonse Allais.

Déplier l’éternité (extrait)

 Corine Borgnet épuise des mondes jusqu’à sa déchirure, jusqu’à ce que l’ennui perce une référence à la nuit, à l’insomnie, au désœuvrement, c’est-à-dire au désir d’autre chose.

Ces mondes sont des projections imaginaires dans des univers identifiés, clos sur eux-mêmes. Il y a le monde du travail qui agite les individus sous un ordre régulateur et dont l’équilibre précaire de la tour de Babel est une résurgence. Celui de l’enfance, des mythes et des contes, et puis tous ces entre-deux suggérés par ses cabinets de curiosité 

Si sa démarche et ses sujets sont protéiformes, une même traversée des inquiétudes noue ces divers espaces, traque et trame une mélancolie qui revient par le dehors. Trame, autant narrative que formelle, que la logique des motifs active comme une ritournelle. Si la toile de Jouy identifie les intérieurs bourgeois, elle est aussi ce qui cache la misère des murs décrépis, à l’image du kitsch dont Kundera disait qu’il était un voile de pudeur que l'on jette sur la merde de ce monde. Il ne s’agit donc pas d’un retour du refoulé,  mais d’un retour hors de toute instance psychique tel un réel impossible à atteindre qui resurgirait, sans que l’on y prenne garde, dans l’ennui et l’absurdité, comme dans ses vidéos filmant « 14 secondes de rien ».

Sans doute est-il question d’un geste obsessionnel mu par une volonté ingénue de faire le tour des choses, de déplier, de manière sisyphéenne et dérisoire, une « éternité de tout ».

Marion Zilio 

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