A partir de références populaires et la construction d’objets symboliques mettant en œuvre la sculpture, le dessin, la vidéo, ou la photographie performée, Corine Borgnet bâtit depuis 15 ans une œuvre protéiforme dont les ressorts sont l’absurde et l’oxymore. Mais qu’elle modélise un blob en toile de Jouy affublé d’un pavé révolutionnaire, qu’elle façonne un enfant à tête de lys ou bien transpercé de flèches, ou qu’elle construise une tour de Babel à base de Post-it usagés récupérés à l’Onu, à l’Université Columbia ou dans les rues de New York peu après les attentats du 11-Septembre, c’est toujours notre condition humaine qui est en ligne de mire – des affres troublées de l’enfance aux stigmates de l’entreprise, ou bien empêtrée dans des contradictions bourgeoises. Partant le plus souvent du dessin, cette artiste iconoclaste, « sans foi ni particule » (1), emprunte bien souvent sa symbolique au monde du tatouage et travaille sur le motif traditionnel, populaire, comme le pied de poule, qu’elle déforme jusqu’à l’apparence du keffieh, emblème d’une résistance passée à la mode. Cependant, à la galerie Valérie Delaunay, ce sont surtout des vanités qu’elle expose, des objets de pouvoir et de séduction : une couronne, un diadème, une guêpière… « Tous ces signes d’apparat réalisés à partir d’os de volaille, mais aussi de taupe ou de chat, qui ne valent rien ! », dit-elle. On peut aussi y découvrir des Xvotos créés à partir de cire de cierges récupérés dans les églises de son île natale, Oléron, des grands dessins au graphite sur papier ou les vibrations profondes d’un cœur lourd. (sic) Veronique Godé pour Artshebdomedias